Cab Calloway symbolise presque à lui seul la joie de vivre des années
30. Chanteur fantaisiste, il est aussi un authentique chef d'orchestre. Avec
d'excellents musiciens tels que les trompettistes Jonah Jones et Dizzy Gillespie,
le saxophoniste Ben Webster puis Chu Berry, le guitariste Danny Barker ou le
batteur Cozy Cole, son ensemble est l'un des meilleurs des années swing.
Grâce à son grand succès Minnie The Moocher en 1931
,
il est le plus illustre des entertainers (amuseurs) américains. Il crée
le look "zootsuitisme" adopté par les jeunes Américains et les zazous français. Mentionnons d'autres succès de son répertoire :Reefer Man (1932), Jumpin' Jive (1939)
,
St James Infirmary (1941)
et Blues In The Night (1941)
.
En 1934, au Cotton Club d'Harlem, succède à l'ensemble de Cab
Calloway celui d'un jeune saxophoniste originaire de Buffalo, Jimmie Lunceford
qui a fondé son groupe en 1927. Celui-ci avec son trompettiste et arrangeur
Sy Oliver proclament la suprématie du "bounce" (rebond), tempo médium
propice à la danse.
Les titres Rhythm Is Our Business (1934)
,
For Dancers Only (1937)
parlent d'eux mêmes.
Four or Five Times (1934)
,
Jazznocracy (1934)
,
My Blue Heaven (1935)
,
Organ Grinder's Swing (1936)
,
Margie (1938)
,
Taint't What You Do (1939)
,
Lunceford Special (1939)
,
Blues in The Night (1941)
,
sont d'autres chefs d'oeuvres. Le swing de
Lunceford s'inscrit dans la tradition de Kansas City et l'arrangement exceptionnel
de Sy Oliver traite les différentes sections comme des plans sonores pour
accompagner les solistes. Ceux-ci sont excellents, citons pour les sections
instrumentales : les trompettistes Jonah Jones, Sy Oliver, Paul Webster, le
saxophoniste alto Willie Smith qui rivalise avec Benny Carter ou Johnny Hodges,
le saxophoniste ténor Joe Thomas, le tromboniste Trummy Young
et pour la section rythmique : le pianiste Edwin Wilcox, le guitariste Al Norris,
le contrebassiste Moses Allen, et le batteur Jimmy Crawford. L'orchestre de
Jimmie Lunceford est l'un des plus brillants du middle-jazz.
|
Dès 1928, le style "riff" se développe à Kansas City avec
les orchestres de Walter Page, de Bennie Moten
(l'un des fondateurs de la musique swing : Moten Swing 1932
).
L'orchestre d'Andy Kirk and his Clouds of Joy fait un triomphe à New York (Apollo Theater, Savoy Balroom) dans les années 1930 avec la musique de Kansas City : Moten Swing
1936,
The Lady Who Swings The Band
1936.
En 1935, à la mort de Bennie Moten celui-ci est remplacé à
la tête de sa formation par le pianiste William Basie, qui se fait appeler
"Count". La formation de Count Basie comprend alors
Lester Young au saxophone, Jo Jones à la batterie, Walter Page à
la basse, Hot Lips Page à la trompette et le chanteur Jimmy Rushing.
Le critique et producteur blanc, John Hammond, fait venir en 1936 le Basie Band
dans les clubs new-yorkais : tour à tour, le Famous Door, le Savoy, le
Woodside et surtout le célèbre Apollo de Harlem, en 1938, où
se produit parfois une jeune vocaliste du nom de Billie Holiday.
D'autres talents se joignent à l'orchestre de Basie : Buck Clayton (tp),
Eddie Durham (tb), Sweets Edison (tp), Chu Berry (ts), Dicky Wells (tb), Buddy
Tate (ts), Freddie Green (g) et la chanteuse Helen Humes. C'est la grande
époque du swing, et l'enregistrement chez Decca d'une série de
standards :
Topsy (1937)
,
Good Morning Blues (1937)
,
One O'Clock Jump (1937)
et Jumpin' At The Woodside (1938)
(deux morceaux "jump" joués sur un tempo rapide et au rythme duquel
le public est invité à danser), Sent For You Yesterday (1938)
et Jive At Five (1939)
.
Ces musiques symbolisent la perfection du swing.
Dès 1930, Chick Webb extraordinaire batteur, pourtant infirme, crée
une grande formation qui triomphe au Savoy de Harlem. En 1935, il engage Ella
Fitzgerald qui n'a que 17 ans. Entre eux c'est l'entente parfaite. Les titres
enregistrés jusqu'en 1939 (mort de Chick Webb de la tuberculose) connaissent
un grand succès, citons Sing Me a Swing Song (le premier succès
d'Ella en 1936)
,
My Last Affair (1936)
,
I Want To Be Happy (1937)
,
ou A-Tisket, A-Tasket (1938)
.
Ella Fitzgerald qui débute comme "canari" dans l'orchestre de Chick Webb,
devient la grande dame du jazz vocal.
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Les batailles d'orchestres font fureur dans le monde du jazz, notamment
au Savoy Ballroom où se produit Chick Webb, un des grands batteurs
que plus d’un considèrent à l’origine du swing. Mais trois formations
semblent dominer toutes les autres : ce sont celles de Count Basie, Jimmie
Lunceford et Duke Ellington. Lorsque Lunceford disparaît en 1947
(à l'âge de 45 ans !), les ensembles de Count Basie et Duke
Ellington se retrouvent sans rival d'envergure.
Les big bands des années trente révèlent les
grands solistes dont la technique se fait virtuose pour répondre
à l'éxécution des nouveaux arrangements.
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Premier grand soliste de l'histoire du jazz, Louis Armstrong est néanmoins
un musicien du "vieux style" : son génie consiste à donner à
chaque note une attaque, une durée, un timbre, une couleur, une puissance
émotive. C'est avec Henri "Red" Allen, originaire de la Nouvelle-Orléans
et disciple de Louis Armstrong, que le jazz passe d'une logique de la note à
une logique de la phrase : chaque note étant liée à l'autre.
En 1947, Armstrong crée son "All Stars" sextuor qui mêle le style New Orleans et
les riffs typiques des big bands. En 1948 Earl Hines le rejoint, quelques mois après avoir dû dissoudre son grand orchestre.
Avantagés par la ségrégation, les musiciens blancs
profitent avant les Noirs de l'engouement du public pour le swing.
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Le style blanc de Chicago, avec Benny Goodman, apporte une autre
contribution au jazz.
Benny Goodman organise, en 1933, son premier grand orchestre blanc, en
prenant comme modèles les orchestres noirs de Fletcher Henderson et
de Benny Carter avec son style de "jeu par sections". Il s'entoure
des meilleurs instrumentistes de l'époque : Ziggy Elman
et Harry James (trompette), Jess Stacy
(piano) et Gene Krupa (batterie). Et au
mépris des préjugés raciaux engage rapidement des
musiciens noirs : Teddy Wilson (piano), Lionel Hampton (vibraphone),
Cootie Williams (trompette), Charlie Christian (guitare). Fletcher Henderson écrit les plus beaux arrangements de Goodman : Blue Skies (1935)
,
Some Times I'm Happy (1935)
,
I Can't Give You Anything But Love (1937)
.
|
En petites formations ou avec son big band, Benny Goodman s'impose comme
le chef de file d'un swing généreux axé sur la danse
(le suzie-Q, le fox-trot, le jitterbug, le trucking...).
Goody Goody 1936
,
Peckin' 1937
,
Don't Be That Way 1938
,
Rose Room 1939
,
Blue Lou 1940
,
I Found a New Baby 1941
,
Why Don't You Do Right ? 1942
.
Benny Goodman est consacré par la presse américaine "le roi
du Swing" après le concert historique de son orchestre au Carnegie
Hall de New York le 16 janvier 1938. Ce temple de la musique classique est
occupé pour la première fois par un orchestre de jazz, et ce
soir là le batteur Gene Krupa, le trompettiste Harry James, le
saxophoniste Babe Russin, le pianiste Jess Stacy, et bien sûr le
clarinettiste Benny Goodman déploient leurs techniques sur un
spectaculaire arrangement de Jimmy Mundi du thème musical Sing
Sing Sing écrit par Louis Prima, d'une durée de 12mn24.
Voyez la superbe video de Sing Sing Sing de 1937 (QuickTime 7 required)
:
drummerworld.com
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Benny Goodman a de nombreux émules : Woody Herman, le clarinettiste
Artie Shaw (qui se rend célèbre à 28 ans, pour sa
version de Begin the Beguine de Cole Porter en 1938
),
Harry James, Tommy Dorsey, Glenn Miller et Bob Crosby.
Même des musiciens issus de l'orchestre de Benny Goodman
décident de faire carrière comme chef d'orchestre. Gene
Krupa, avec l'un des plus grands trompettistes de jazz de l'époque
Roy Eldridge et la chanteuse Anita O'Day, douée d'une technique
exemplaire, est au faîte de la vague swing dans les années
41-43. Le duo R.Eldridge - A.O'Day dans Let Me Off Uptown en 1941 est
une grande réussite
.
Le trompettiste Harry James fonde aussi son
orchestre sur le modèle de l'orchestre de Count Basie et avec des
musiciens venant de ce même orchestre. L'orchestre de H.James
participe au tournage d'un film musical hollywoodien.
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Jimmy et Tommy Dorsey ont joué un rôle important dans le
succès populaire rencontré par le swing durant les
années 30 et 40. En 1928 les deux frères forment le Dorsey
Brothers' Orchestra qui devient en 1934 l'une des formations phares de
la firme Decca : Shim Sham Shimmy 1933
,
Old Man Harlem 1933
,
Honeysuckle Rose 1934
,
Lullaby Of Broadway 1935
.
Mais après une dispute, Tommy fonde son propre
orchestre. Influencé par le style Nouvelle-Orléans son jeu
est fougueux et précis. Avec son arrangeur Sy Oliver, il crée
avec finesse et subtilité un swing d'une appréciable
authenticité.
Les vedettes ne manquent pas : le trompettiste Bunny Berigan,
le saxophoniste Bud Freeman, le clarinettiste Buddy De Franco, le
batteur Buddy Rich et le chanteur hors du commun Frank Sinatra.
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Glenn Miller débute en 1923 au trombone, vers 1930 il écrit
des arrangements, notamment pour Tommy Dorsey. Il fonde un premier ensemble
en 1937, puis un orchestre de danse en 1939 qui devient vite poulaire.
C'est en créant, en 1942, l'orchestre de l'"Army Air Force" que
Glenn Miller accède à une renommée internationale.
Ses deux plus grands succès sont In the Mood
(dans un arrangement supérieur à celui de l'orchestre noir d'Edgar
Hayes de février 1938
) et Moonlight Serenade
en 1939.
La machine à swing de Glenn Miller enregistre In the Mood
le 1er août 1939, soit un mois avant le déclenchement des
hostilités en Europe.
Si le swing et la "swingite" se propagent en France dans la seconde
moitié des années 30, la période swing ne commence
véritablement pour le grand public qu'après la Libération
et se prolonge jusqu'au début des années 50.
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Le 22 janvier 1922 est inauguré près du rond-point des
Champs-élysées, le club de jazz "Le BOEUF sur le TOIT", qui
devient le premier temple du jazz à Paris. C'est dans ce club que
le guitariste Django Reinhardt débute, avant de jouer dans l'orchestre
de Louis Vola au Claridge en 1934, où joue également le
violoniste Stéphane Grappelli. En 1935, Stéphane et Django
créent le Quintette du Hot Club de France, premier orchestre de jazz
qui ne recourt ni aux cuivres, ni aux anches, ni à la batterie.
Le jazz est alors objet de culte pour des puristes du Hot Club de France.
A Paris en 1937, Charles Delaunay fonde la marque Swing, premier label
discographique uniquement consacré au jazz. Le 26 décembre
1940, la Salle Gaveau est comble pour un "Festival Swing".
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